Laïsse, stagiaire, droguée au sucre raffiné et en crise. Cette fille, c’est moi, adepte du jogging à bouloches et de la gueule de bois dominicale.
Il fallait réagir.
Stéphane, qui n’était pourtant pas au courrant de mon questionnement, prit les devant.
L’homme de ma vie m’annonçait entre deux bouchées d’hachis parmentier sa décision de me quitter. J’ai pleuré pendant des jours. Je fus admirablement bien entourée par mes amis et mon pot de
Nutella. De consolations en crises de foie, dans l’appartement déserté par la personne que j’aimais, j’inaugurais la première page de mon journal. Et tout en me remémorant mes souvenirs les plus
lointains, j’entrepris la vaste tache de comprendre qui j’étais.
Mon prénom est Laïsse, 27 ans et autant de poussières accumulées sous le tapis violet de ma chambre. Je suis stagiaire dans une structure culturelle. C’est pas dans ce job que je m’épanouie le
plus. Pas non plus grâce à mon entourage familial. Ma mère m’a toujours répété de ne pas avoir d’enfant, ce qu’elle a très bien fait après ma naissance. Et par là, elle ma gentiment fais
comprendre qu’elle regrettait amèrement ma conception. Mon père s’est séparé assez vite de maman pour épouser en seconde noce une fille d’un célèbre cabaret parisien. Papa est à présent
célibataire et totalement ruiné. Il a reporté tout son amour sur ses chats. Il ne me déteste pas mais ne porte pas d’importance à ma vie. Le peu d’équilibre que j’ai tiré de mes premières années,
je les dois à ma tante. Je n’ai pas d’autre famille que la sœur de mon père. A la différence de mes parents, elle avait une vie calme. Je les toujours connue célibataire dans un minuscule
appartement en ville. Chez elle, je dormais dans une chambre propre sans poils d’animaux, ni amant cherchant la sortie au petit matin. Papa avait réussi à garder de l’héritage de grand-père un
cabanon en Provence. Le bordel était permanent car papa adorait outre les félins, accumulé tout ce qu’il trouvait dans un espace qui se réduisait avec les années. Je passais mes vacances chez lui
avec ma tante. Le reste du temps, je vivais chez maman. Rien dans le frigo hormis des victuailles post coïtales: vin rouge, foie gras, caviar…. J’ai grandis avec une seul idée
en tête: ne pas ressembler à mes parents. Ma tante mourut brusquement le jour de mes vingt deux ans. Je n’avais qu’une seule peur assez bizarre, qu’elle m’apparaisse en spectre. J’arrivais à
trouver le sommeil en me remémorant le fait que Victor Hugo qui avait tenté toutes les méthodes paranormales, n’avait jamais réussi à rentrer en contact avec Léopoldinne, sa fille décédée. Le
jour de l’enterrement de ma tante, je comptais deux ans de vie commune avec Stéphane. Notre couple semblait parfait. Seulement, la vérité était plus compliquée. Stéphane vouait un culte à sa mère
et moi, écrasée par le poids de belle-maman, je dérivais. Au lieu, de nager jusqu’au bord, je me noyais petit à petit dans notre quotidien. Le départ de Stéphane a fait l’effet d’une bombe dans
ma vie. Je suis devenue une autre personne, bien que toujours accompagnée de mes névroses favorites. J’apprenais à exister comme une jeune femme adulte dans ma ville de province. A présent, je me
décharge dés que je peux de toutes responsabilités. Je ne traîne plus aucun boulets, ni parents envahissants ou amis pot de colle. Je n’ai pas de voiture, je me déplace
uniquement en vélo pour éviter toutes sortes d’emmerdements. Ma gardienne en échange de cours d’anglais, nettoie et repasse mes vêtements. Je pose également dans un atelier de
peintre comme modèle. Certains diront que je n’ai aucune ambition et ils ont sans doute raison. Je me contente de peu. Mes seules occupations se résument à disposer suffisamment d’anecdotes
croustillantes à raconter à mes amis, dénicher la robe noire introuvable et trouver un mec. Le mec de préférence beau et riche.
Il n’y a que trois personnes que je considère comme des amis, les autres servent à remplir mon répertoire téléphonique pour briller en société. Deux filles et un homme qui réussissent à rendre
mon quotidien supportable. Christophe est perpétuellement célibataire. On ne voit jamais ses conquêtes hommes ou femmes pourtant il en parle sans pudeur à grands coups de détails intimes. Je les
rencontré dans une file d’attente en faisant mes courses. Christophe gère l’image d’un groupe de luxe Italien. Il a une philosophie précise : jouir de tout, tout le temps avant d’être
anéantie par la terre. En faite, il est membre d’un groupuscule qui se réunit régulièrement pour débattre de l’avenir de la planète. Il pense que la terre est un être capable de se protéger des
microbes humains que nous sommes, par des catastrophes naturelles en chaîne. C’est assez hilarant de le voir, stoïque et en fourrure, balancer ses certitudes à un dîner. Muriel et Daphné partage
mon amour pour ce drôle de type qui se déplace en Vespa et en avion entre Paris et Milan avec une halte dans notre ville provinciale, Montpellier. Muriel est ce que l’on appelle une femme
parfaite. Mère d’une fillette, elle mène tout de front sans se plaindre. Elle travaille dans la finance, vote à droite comme ses collègues et aide son prochain. Elle mange uniquement du blanc de
poulet parce que c’est propre après une heure d’abdos fessiers. Muriel est la femme que toutes les autres détestent et admirent. Muriel est blonde, Daphné est brune. Daphné pense que libre est le
synonyme du mot heureux. Elle est fonctionnaire et vote à gauche comme son père. Elle ne veux pas d’homme dans sa vie mais entretiens une relation ambiguë avec son colocataire. Nous avons en
commun de fréquenter le même milieu et de vénérer tous les trois la superficialité. Avec un seul dogme, vivre légèrement. Ce qui veux dire accepter d’être tiraillé par les contradictions. Etre
capable de vivre une relation basée sur le plaisir et oublier le sens de l’amour sincère et fidèle. La vie d’un superficiel est par essence compliquée. Je préfère me concentrer sur cette robe qui
me fait des fesses magnifiques plutôt que sur la misère dans le tiers monde. D’ailleurs, l’expression « tiers monde » est depuis longtemps désuète, la preuve que des personnes sans
occupe mieux que moi. Je leur laisse avec plaisir cette partie du monde. La superficialité est mon cocon, je prend le partit de penser que les personnes qui prétendent savoir ce qui est meilleur
pour moi, son jaloux de mon manque de sérieux. Je ne tri pas mes déchets, je ne le raconte à personne. Je reste discrète, je mens et m’épanouis avec mes semblables dans le paraître. Je n’ai pas
toujours était comme ça. J’ai défendu les Lémuriens un jour. J’ai payé à coup de chèque à deux zéros, des barbelés pour empêcher les populations miséreuses de braconner ces animaux hideux et par
conséquence je les ai privé de nourriture. J’ai appelé ça le syndrome Lémurien. J’ai préféré en rester là et ne plus sauver personnes…
Un mois après ma rupture avec Stéphane, j’ai rencontré une sorte d’anti-gendre idéal, un mixe entre le Duc de « The big Lebowksi » et Baudelaire. Je vous laisse imaginer la combinaison.
J’ai toujours juré, l’air profondément dégoûtée: « je n’irais jamais sur un site de rencontre, c’est trop sale ». Je dis également : « il ne faut pas coucher le premier
soir ». Seulement, prise d’ennuie, je jetais juste un coup d’oeil sur un site connu. Puis, juste pour voir, je m’inscrivais. Et enfin, rentrais en contact quatre heures après avec
« Shaïm275 », vingt huit ans et en quête d’amour. Il désir me rencontrer. Il n’aime pas perdre son temps. Sur sa photo, il ressemble à un barman d’Ibiza. J’hésite un quart de nano
seconde avant de lui donner un point de chute. En trente minutes, je bâcle le brushing, enfile une jupe crayon noire et une chemise blanche H&M. Je fais très serveuse avec mes ballerines qui
me font de grosses fesses mais tant pis. Blind date posé pour 21h00, en centre ville. Le lieu est bondé. Très bien pour une première rencontre avec un inconnu qui fantasme peut être à me
transformer en Candie morte. Revenons à nos canassons. Shaïm est ponctuel. Il m’attend scrutant le paysage à la recherche d’une petite brune qui n’a pas voulu lui montrer sa photo. Shaïm est
brun, bronzé et surtout très grand. Style électro chic, chaussures hors de prix et cheveux mi long parfaitement lisse. En le scrutant derrière une statue antique qui me montre ses fesses, je
compose son numéro. « Salut, je suis là » dis je très gênée. Je fais un pas de côté pour me montrer et lui fais signe de la main. Vu sa tête, il est un peu déçu. Petit bise, échange de
sourire et d’identité. Il est compositeur. Il dégage un truc à la fois mystérieux et sulfureux. On parle peux, on marche côte à côte le long du trottoir. On essaye d’échanger quelques banalités
mais la sauce ne prend pas. Assis sur un banc, je lui demande de me raccompagner parce que « sa ne va pas fonctionner ». Ce type est trop parfait pour vouloir de moi. Devant mon
appartement, il semble ne pas vouloir me quitter et me demande si on va se revoir. Surprise, je dis non …
Je rentre totalement dépitée, attrape dans mon frigo, un paquet de saucisses de Strasbourg et de la sauce cocktail. Je m’installe devant la télé, évidemment, le téléphone sonne. Super glamour, en
t-shirt over size taché de bouffe, la bouche pleine, je répond. C’est Shaïm. Il me glisse dans le combiné « tu es super mignonne, j’ai très envie de te revoir, pas pour me marier, tu
comprend ? ». Outrée je m’empresse de répliquer « Non, attend, heu… Je suis en bas de chez moi d’ici une demi heure ». Je raccroche. Ce comportement va à l’encontre de mes
principes mais j’assume. Un one shot juste pour goûter mais le dernier. Arrivé chez lui, il m’attrape, m’embrasse, me caresse… Je suis allongée nue sur son lit. Personne ne m’avait fais l’amour
comme ça, personne ne m’avait fait jouir tout court. Ensuite, prétextant un truc dans le genre mes potes vont débarquer, il me met littéralement à la porte. J’assumais un peu moins, le côté pile
de la coucherie d’un soir. Je n’ai pas eu de nouvelles de lui pendant quinze jours. Je restais des soirées scotché sur mon PC dans l’espoir d’un mail. Je commençais à l’oublier quand en pleine
nuit mon oreiller s’est mis à vibrer, ce n’était pas un tremblement de terre mais mon mobile glissé dans la taie. Je décroche mais c’est un message de Shaïm : « salut, je t’ai pas
oublié mais je suis à fond en ce moment, je t’appel demain ». Super heureuse, je m’endors. J’ai revu Shaïm dans les même condition une trentaine de fois pendant six mois. En faite, l’effet
« première rencontre » passé, je note que Shaïm n’est pas fait pour moi, ni pour personne d’autre d’ailleurs. Je ne rencontrais jamais ses amis, pas un mot sur sa famille. Notre
relation n’évoluait pas en dehors de son appartement. Néanmoins, cette liaison finalement plutôt rigolote m’a fait comprendre que le prince charmant ne se cachait pas derrière n’importe quel
crapaud. Un type qui dit « je ne veux que du sexe » ne veut que du sexe. C’est une chose que les femmes ne comprennent pas. En général, on entend « je ne veux pas m’engager »
ce que l’on traduit par « je te veux toi, puisque je te fait l’amour ». Je savais que Shaïm allait finir par me fatiguer. On se voyait, on faisait l’amour en suivant l’ordre de tout bon
scénario de film porno et ensuite, on parlait de lui ; son sujet de prédilection. Shaïm abusait de substances, que le poète à qui je le compare nomme « paradis artificielles » qui
le poussaient à s’endormir ou à réciter les répliques apprissent par cœurs de son film favoris : Festen. Et puis, il était Shaïm. Instruit au point de déclamer du Sand et capable de me dire
la seconde d’après d’un air sérieux, «George est l’amant de Chopin, c’est des Pédés, quoi »…Je n’ai pas dit que je voulais l’épouser non plus. Il n’y a jamais eu de fin à notre histoire.
Pas facile quand la personne sur qui vous compter le plus, vous envoi un message du genre : « je débute une nouvelle vie, je suis débordé, je pense que ta séparation avec Stéphane était
la meilleur des solutions, bonne continuation ». On attend sur le coup beaucoup plus de compassion de la part de son meilleur ami.
Amedeo est un peintre, qui commence à prendre du poids sur la scène artistique française. Je l’ai rencontrée à la bibliothèque universitaire section beaux-arts. Nous avons rapidement sympathisé
et j’ai commencé à poser pour lui. Nous avions chaque un nos vie que nous exposions fièrement. Lui, une belle brune à deux doigt d’être mannequin et moi, Stéphane à un pouce de la rupture.
Physiquement, il tranche avec le style de Shaïm pour vous situer mon idéal masculin. Il est blond, aux yeux bleus. Un peu voûté, il semble porté toute la gentillesse du monde sur ses épaules. Des
épaules larges, presque réconfortantes qui laissent deviner une musculature sympathique sous ses t-shirts sans formes et délavée. Quand il fronçait ses sourcils, il provoquait chez moi la même
chose que chez une dépressive célibataire de quarante ans quand un bébé chat joue avec une pelote de laine. La combinaison de ce truc et la moue que faisait sa bouche fine sur le dessus et
pulpeuse sur le dessous, me faisait des chatouillis dans tout le corps. Après sa rupture avec madame ana, nous ne nous sommes plus quitté. Pendant un an, nous avons tout partagé : table au
resto, banquette en boîte de nuit et lit. Ils n’étaient pas rares qu’on nous prenne pour un couple. A la différence prés qu’on ne se disputait pas pour savoir qui aller descendre la poubelle et
détail majeur, on ne faisait pas l’amour. Quand il partait pour exposer dans une autre ville, il m’appelait de longues minutes en terminant son appel par au hasard « tu me manques » ou
« je pense fort à toi ». Quand on sortait juste boire un verre et que l’on rentrait tôt, on se retrouvait sur le net jusqu’au petit matin. Plongée des nuits entières, avec lui, dans un
autre monde, protégé par l’écran, on se laissé allé à des confidences de plus en plus personnelles. La situation restait claire dans ma tête. On jouait. Nos échanges par écran interposé
devenaient de plus en plus intimes. Je ne sais pas lequel des deux à commencer mais de phrases troublantes à carrément cochonnes, j’ai commencé a avoir envie de lui et la chose était apparemment
réciproque. J’aime cette situation, prolongé le moment de séduction et d’attente avant la première caresse. Je donnerais n’importe quoi pour revivre ces instants passés avec lui mais si je
reviens sur tout ça, c’est pour évoluer et passer à autre chose. On ne peut pas rester continuellement dans le même état.
Bref, à ce moment T, je suis en pamoison devant Amedeo mais avec Stéphane. L’été est arrivé, on se voyait uniquement dans son atelier. Comme si nous avions quelque chose à
cacher. Je ne partageais plus rien d’autre avec Stéphane que mes factures et mon papier toilette. La plupart des filles auraient quitté Stéphane pour Amedeo. J’y ai pensé mais c’était ce
confronter à la réalité. Un soir, après une heure à s’échanger des sms très bouillants, on se croise dans mon quartier. Certain aurait profiter du hasard de cette rencontre pour
avouer à l’autre ses sentiments et concrétiser la chose. Nous n’étions pas de ce genre. J’ai rougit, il a baragouinait deux mots et nous sommes rentrés sagement dans nos
appartements respectifs. Cette nuit là, je n’ai pas fermé l’œil. Au petit matin, j’ai allumé mon PC et j’ai posté un mail à Amedeo : « j’ai envi de toi »
Le résultat ne fut pas à la hauteur de mes espérances. Quinze jours sans nouvelles. Après des heures de lamentations aux téléphones à déverser ma souffrance émotionnelle à mes trois amis fidèles
et pour en finir, ils m’ont obligés à sortir. Manque de pot, le vernissage où je devais me rendre était celui d’un ami d’Amedeo. Lequel m’a ignoré toute la soirée jusqu’à mon départ. J’étais
venue en vélo. Après avoir saluer devant la galeries mes amis avec ma plus belle moue d’enfant abandonné qui laissait présagé d’autres heures de jérémiades téléphoniques, Amedeo m’a bousculé pour
passer. Il ne m’avais pas vu puisque trop occupé à embrasser une ravissante blonde perchée sur des talons rouge. Non mais ! Des talons aiguilles rouges, quelle vulgarité quand même !
J’ai à peine essuyé une larme pour bondir sur mon vélo. Amedeo avait eu le temps de raccompagner sa jolie conquête dans son taxi. Ravi de lui, il a fini par me remarquer entrain de me battre avec
mon antivol. Mon nom est sorti de sa bouche de façon incontrôlé « Laïsse ». Comme un tricheur prit sur le fait, Amedeo s’empressa de me donner une explication « je la voie depuis
un moment, c’est pour ça que je n’ai pas répondu à ton message ». Il reprend sa respiration « et puis, pour toi, je suis juste un hobbi, elle, elle est célibataire et
puis… ». Il respire fort de nouveau « et puis tu imagines si ça se passe bien entre nous, je veux dire plus qu’amicalement, on fait comment après ». Je le regarde par-dessus mes
lunettes, le visage fermée « en faite, tu aurais put m’écrire, me donner une explication, tu es resté silencieux ». Le temps tourne à l’orage. Amedeo me prend la main « viens dans
ma voiture, on doit parler de nous, c’est sérieux ». Je soupire en fermant les yeux « désolé, je dois y aller ». Au moment où je fais mine de partir, il me prend dans ses bras. Il
me serre fort puis me lâche et tourne les talons. En rentrant sur le chemin, j’ai fredonné la musique du générique de Dallas. La suite de mon histoire est plus compliquée qu’une série Américaine.
Peu de personnage mais toujours autant de dégoulinades émotionnelles.
Quinze jours plus tard, je reçois un sms. « Tu viens prendre le café ? ». Je lui balance un message idiot « ok, j’arrive avec Stéphane d’ici quinze minutes, sa te
vas ? ». Il me répond « l’atelier est trop petit pour trois, laisse tombé». Le soir même je le rejoins dépitée dans son atelier, rien ne va dans ma vie. Je me sens moche, je viens
de me disputer avec la mère de Stéphane. Je ne suis pas maquillée. Je porte un foulard noir noué sur mes cheveux mais Amedeo trouve sa jolie. Je me soulage sur son épaule en déversent des flots
de paroles. J’attaque directement à la vodka et il me suit. On se plaint, on en vient à détester la terre entière. On rigole. Il est déjà très tard. Le temps passe si vite quand on est ensemble.
Je suis à ma place sur ce sofa pourrit de peinture. Je le pousse, je le rattrape. On se chamaille, nos peaux se frôlent. Il éteint la lumière. La chaleur monte. Il lorgne sur mon décolleté
jusqu’à plonger littéralement le visage dedans. Plus rien, on se calme dans le noir. On recommence à se chercher gentiment. Je me lève pour chercher de l’eau dans la petite cuisine bleue qui
jouxte l’atelier. Il met la radio en sourdine. Je le rejoins sur le sofa et brusquement, il m’attrape à la taille. Il me dit « le jeu est de ne plus bouger, tu es chatouilleuse, si tu me
fais confiance et que tu ne bouges pas… ». Jamais entendu parler de ce jeu et même pas compris la règle mais sentir ses mains sur moi est divin. On reste immobile dans la nuit. Ses gestes
amicaux se transforment en caresses. Ses mains glissent sous mon t-shirt blanc. J’ai l’impression d’être dans une bonbonnière de coton. Je suis nue. On fait l’amour. L’aube laisse entrevoir la
réalité du quotidien. Je me rhabille et il me ramène dans un silence d’après bataille. Je suis heureuse. Je lui envoi un message « ça ne compte pas mais tu me manques ». Réponse une
heure plus tard de l’intéressé : « toi, un peu ». A noter, que le sofa est le fil conducteur de notre histoire. Elle a débuté sur un sofa à la section beaux arts et s’est terminée
sur un autre décoré à la Pollock. Une histoire de canapé en somme.
Le lendemain, très peu de temps avant que Stéphane me quitte, Amedeo passe à l’improviste. Stéphane est absent, il doit dormir chez sa mère. Assez vite, Amedeo m’a prit dans ses bras, me lâche
pour me prendre la main, ou me caresser le dos tout cela pendant de longues heures. Il était 4h00 du matin quand il s’est levé pour partir. Sur le pas de la porte, il me
regardait gêné. Il a fini par m’interroger sur mes attentes et je lui ai rétorquais paisiblement « tu sais ce que je veux, se n’est pas la peine de le dire si tu ne veux pas le
comprendre ». Il est parti, j’ai attendu le moteur de sa voiture assise par terre contre la porte d’entrée, en pleur évidemment. J’aurais dut le retenir, lui criait que je voulais qu’il
reste. Le lendemain, en allumant mon portable, un message est apparut envoyé dans la nuit par Amedeo : « Désolé, demain je vais le regretter, je préfère rentrer chez moi ». La
suite vous la connaissez. « Je débute une nouvelle vie, je suis débordée, je pense que ta séparation…
Les jours, les mois, le temps passe. J’oubliais enfin ma traversé du fleuve Styx, croisière faite avec Stéphane ponctuée d’idylle platonique avec Amedeo. Une nouvelle période s’offrait à moi. Je
ne voyais plus Shaïm aussi régulièrement. Je pris le parti de ne rien faire et de ne rien bousculer. Je laissais de côté, le café et touts autres existants pour de la tisane. Plus de sorties,
plus de shopping, de clopes, d’alcool…J’arrivais à passer des soirées seules sans m’ennuyer m’occupant d’écriture ou de nouvelles passions soudaines que j’abandonnais très vite. Dans l’ordre, du
crochet, du dessin ou des émaux. Il se trouvait un projet qui me tenait particulièrement à cœur. Je souhaitais écrire une lettre à Stéphane. Je commençais ma lettre par mon cher
ami avant de froisser la feuille de papier et le traité de « connard » comme si Stéphane se tenait en face de moi. J’ai la sale manie de ne jamais me remettre en question
et d’accuser les autres de mes échecs. Dans ce cas, nous étions deux. Deux pours faire un couple, et deux pour partager les fautes. La deuxième tentative de correspondance fut plus longue. L’en
tête inscrivait mon nom et prénom, suivie de manière officiel de mon adresse. Puis, débutais un long conciliabule sans trop d’intérêt. A chaque saut de page, et devant le peu de place qui me
rester sur ma ligne pour écrire la fin de ma phrase, je ressentais une douleur au niveau du poignet qui eu pour conséquence l’abandon de cette lettre. Très étranges, ces
symptômes qui se déclanchent devant une épreuve. Je connaissais le mal de ventre, de tête mais pas le mal au poignet.
Trois semaines après mes bonnes résolutions, je jette un coup d’œil sur ma boîte mail perso. Entre les messages de site de rencontre, il se trouvait un mail curieux : « Damien
souhaiterais vous avoir comme ami ». L’opération terminée, CAD, l’inscription sur ce réseau sociaux, je regardais de plus prés qui étais ce Damien. C’était personne ou presque. L’homme en
question avait dans ses amis, Amedeo. Je lui est envoyé un mail sur la messagerie du site et j’ai put lui demandé qui il était. Après une attente interminable, j’eu la
réponse suivante "salut on se connais pas directement mais on a un ami commun, tu as l'air très sympas et j'avais envie de te connaitre (si tu veut bien)". Sa veux dire quoi ça ?
Ton copain m’a dit que tu étais ultra chaude et open, alors si on fessait connaissance ! Je répondais ensuite, « Pourquoi pas…Tu connais Amedeo alors ? Il t’a
parlé de moi pour que tu souhaites faire connaissance? ».Nous avons échangé nos mails. En faisant l’air de rien, je demandais à mon nouvel ami du net, des nouvelles d’Amedeo. Il m’a proposée
de le rencontrer dans un bar. Arrivée dans l’endroit assez chic ou il m’a donnée rendez-vous, j’ai l’impression de revivre. Qui m’avait mis dans la tête que tout ça était néfaste pour moi. Je me
sens belle avec ma petite robe noir Zadig et Voltaire. Pourquoi m’infliger cette vie de none. Mon cavalier m’attendait, assis entrain de siroter un martini rouge. Le décor était très baroque et
la lumière flatteuse. Arrivais prés de lui, je lui souris. Comme à mon habitude dans ce genre de situation difficile, je sortais une stupidité de mon crue : « la lumière est chouette
mais galère pour une première rencontre, elle cache les problème de peau, je veux bien un Martini». Devant cette étrangeté verbale, il se leva beaucoup moins sur de lui pour passer commande. Les
formules d’usage passées, l’atmosphère se réchauffais et les langues se déliaient. Vous feriez confiance à un type qui a comme avatar, un coucher de soleil avec écrit en gros Amor. Pas moi en
tout cas. En faite, il est plus âgé que moi et au vu de la marque à son annulaire gauche, monsieur est marié. Il est surtout très con et super lourd. La situation devient pathétique. Le comble,
il essaye de m’analyser. Manque de pot, je ne suis pas trop fan de psychologie de supermarché. Au final, je prétexte une douleur au ventre pour rentrer. Il insiste pour me raccompagner. Sur le
chemin, il en vient à me parler d’Amedeo. « Tu sais il est heureux, enfin, tu dois le savoir puisque tu es sa meilleure amie ». Je lui souris et il conclu « la situation est assez
surréaliste, je pense pas qu’on dois se revoir ». Finalement, j’ai envi de me confier à lui, pleurer dans ses bras. Mais non, il s’éloigne. Une fois chez moi, je vais directement au lit. Je
fonds en larme. Il faut que je passe à autre chose.