Chapitre X Ersatz

Publié le par regimesettartines.over-blog.net

Dimanche 3 octobre, je suis réveillée par la sonnerie de mon portable. Muriel a trouvé l’idée excellente de m’appeler pour me proposer un brunch. Pour moi, le dimanche commence à midi. Visiblement, Muriel ne prend pas compte mon décalage horaire de fin de semaine. J’accepte l’invitation pour dix heures. Heure à laquelle je devrais être avachie sur mon canapé vêtu de mon pyjama en pilou rose. J’arrive chez mon amie avec une demi heure de retard.  Muriel habite un quartier des années 80 réalisé par le barcelonais Ricardo Boffil. Le moindre meuble qu’elle possède est un investissement comprenait objet design à la frontière du meuble et de l’art moderne. La déco est noire et blanche comme la couleur de ses tailleurs. Muriel me reçoit avec sa fille dans ses bras.

 

- Rentre ! Me propose Muriel, ce que je fais prestement. En enlevant mon écharpe, je demande si Christophe doit venir.

- Il doit passer laver son linge, sa machine est en panne, il part pour Milan demain.

- Et Daphné ?

- Elle prend des cours de guitare le dimanche matin non ?

- Oui, oui

 

Je joue avec Lili quand Muriel fait irruption avec un sac à la main dans le salon. Elle m’interpelle avec une voix de gorgone sauvage sur le point d’exploser.

 

- Tu vois ce machin Laïsse?

- Oui.

- Lis l’étiquette. Elle me balance le sac noir que j’inspecte.

- Il me la offert

- Qui ?

- Mon ex

- Florian, un ex, c’est nouveau ça?

 

Je lis l’étiquette du sac à haute voix  « Chanell avec deux ll» je la regarde à mon tour complètement horrifiée. Mais avant que je la rassure, elle avoue :

 

- C’est un faux, il m’a offert un faux, je les plaquée ce matin par sms

 

Je tends le sac à Lili, trop petite pour voir la différence entre un vrai sac de Luxe et un faux acheté aux puces. Muriel est trop occupée à cuver sa peine pour voir l’entrée de Christophe.

 

La scène que Muriel vient de jouer est comique. Celle offerte à mes yeux les encore plus.

Christophe porte un marcel jaune et un slim blanc. Son accoutrement s’explique par la panne de sa machine à laver. Franchement, il ne lui manque plus que la cape en hermine et la moustache pour ressembler à Freddy Mercuri.

 

 

 

 

Après cette drôle de matinée qui s’est finie par une rupture, « we are the championne » entonné par Christophe et de nouveau  éclats de rire, j’ai décidé de rejoindre Arthur. Depuis un mois et demi que nous sommes ensemble, j’ai pris l’habitude de passer mes fins de week-end chez lui. Pas vraiment passionnant mais pas vraiment désagréable, je m’allonge prés de lui sur son canapé devant la télévision avant de plonger dans un demi sommeil exquis.

 

Le lundi, je rentre très tôt chez moi pour me préparer pour le boulot. La structure dans laquelle je bosse et un cabinet de conseil pour les musées avec une partie galerie et un cheptel d’artistes pas trop mauvais à défendre. Nous sommes une dizaine. En haut de la chaîne alimentaire trône le boss, monsieur Rassise. Puis ses deux assistantes, la secrétaire, la chargée de com, la média planeuse et le reste en stagiaires. Que des femmes. Je suis en charge de la partie la moins passionnante du boulot. L’inventaire des œuvres du boss, collectionneur outre de JJF (jeunes et jolies filles), boss est un amateur de tableaux de grands maîtres hollandais. Ce qui pourrait être passionnant ne les pas puisque pour faire du zèle une de ses assistante à déjà fait le boulot avant mon arrivée. Je me contente de remplir des cases dans une base de données avec des informations fournis sur des fiches papiers : houa !

 

A côté du mot stagiaire est écrit dans le schéma mental du patronat français : à rentabiliser. Même si mon boulot n’est pas passionnant puisque je ne suis pas du tout en contact avec les œuvres, il me prend beaucoup de temps pour un salaire comparable à ce que gagne la machine à café de l’entrée. Boss m’a donc chargé puisque je dois ressembler à un citron à presser, pour ne pas perdre une goutte de mon énergie qui est à son service de 8h30 à 14h00, d’une nouvelle mission. Certes la mission en question est enrichissante, je dois prendre en charge le dossier d’un artiste. Ce qui sous entend, trouver un local pour sa nouvelle expo, du baby-sitting et des heures de boulots à la maison non facturés sur ma fiche de paye mais qui s’aligneront fièrement sur mon CV, déjà très long. Puisque je rêve d’un CDD dans cette boite, j’acquiesce avec des mercis et des sourires. J’ai donc rendez vous avec le dis peintre dans un café dans le centre. Il est écrit sur sa fiche pro, Antoine Urbano, né en 1978, plusieurs expos nationales... Il habite Montpellier. Sur la photo, il est plutôt bel homme.

 

Attablée à la terrasse, je l’attends sans impatience. Il fait encore beau malgré l’automne. Je pense aux nordistes quand je vois mon nouveau dossier arrivé. Je suis surprise, il est très grand comme Amedeo. Il est brun, yeux noisettes, teint halé. Il a un sourire de charmeur et des yeux qui crépitent. Plutôt décontracté pour un rendez vous pro, il est en t-shirt et jean large moyennement rasé et en baskets. Très vite, sans trop le vouloir, le rendez vous d’affaire a glisser vers le rendez vous amoureux comme si nous avions convenu quelques jours auparavant d’une première rencontre. J’avais beau alerter mon esprit de la visé sérieuse de cette discussion, j’ai lâché prise à un moment. Il a tout de même accepté mes propositions de lieu et de scénographie pour son vernissage. De mon côté, j’ai accepté de le revoir le lendemain…

 

Pour une fois, je n’ai rien dis à mes amis. J’avais peur du regard de Muriel à qui j’ai parlé maintes fois de l’attitude de ma mère. Je reproduisait sa quête de jouissance ou du grand amour, ou peut être encore le même scénario vécu quelques mois avant. Stéphane et Amedeo. Aujourd’hui, Arthur et Antoine.

 

Le lendemain, après plusieurs verres, Antoine m’a invité chez lui. J’ai voulu m’enfuir mais sa main sur ma cuisse dans la voiture qui me conduisait chez lui, m’a fais oublier toute culpabilité. Dans la pénombre de son minuscule appartement, il a ouvert une bouteille de champagne. Objet qui laisse automatiquement présagé de la suite. Antoine parle beaucoup,  pas autant que Shaïm voisin d’une rue, mais il ne laisse aucun blanc dans la discussion. Je connais sa vie, ses goûts et même le prénom de sa sœur. Il ne me fait pas vraiment rire mais il a le même sourire qu’Amedeo, et cela me plait suffisamment pour le suivre dans sa  chambre. Tout a été très doux sans trop de passion. Je lui ai demandé de me raccompagner. J’ai été très sèche par la suite. J’ai tourné la tête quand il a essayé de m’embrasser quand on s’est quitté.

 

Le jour pointait son nez, je ne suis pas allée me coucher pour deux heures de sommeil. Je me suis rendue à la gare. Christophe prend le train de 7h00 pour l’Italie, je connais par cœur son horaire et son quai de départ. Je m’y suis précipitée. Il a été surpris en me voyant et a froncer les sourcils en me tendant les bras. Il m’a consolé. Je me sentais mal. Pourquoi cette impression de trahison. J’ai eu le temps de tout lui raconter. Il a mis des mots sur ce drôle de sentiment que je ressentais : l’empathie, et a conclu :

 

« Il ne te manque plus que d’être tolérante et gentille, et tu pourras rentrer dans le moule des gens ordinaires ». Christophe a filé en me plantant sur le quai avec cette conclusion.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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